ALICE GENESTE: portrait réalisé par le PRN
01/02/07

Alice Genestele Pôle ressource National: “Sport, famille et pratiques féminines” met à l'honneur ce mois ci Alice Geneste.

Alice Genest, Championne de France Enduro 2002, 2003, 2004:

Pourquoi l'enduro ?
Mon père est un grand passionné d'enduro, ex-compétiteur, c'est lui qui m'a fait découvrir la moto loisir. Il m'a offert ma première moto à l'âge de 5 ans pour l’accompagner le week-end. Sportive et naturaliste dans l'âme, c'était aussi un moyen de me dépenser physiquement tout en alliant ma passion pour la nature.

Quel est ton regard sur la parité au sein de ta discipline ? Pourquoi les femmes ne peuvent-elles pas faire la même chose que les hommes ?
Je suis consciente que nous sommes physiquement différents, et je ne suis pas à la recherche de l'égalité des performances, mais souhaiterais simplement pouvoir faire les mêmes activités, sans être dévalorisée, sous prétexte d'être une femme.
Quand je me regarde aujourd'hui, je vois une femme qui ressemble à un homme. Je n'aime pas me comparer ainsi, car je me considère féminine. Néanmoins, je souffre des précautions que certains prennent. En général, on veut systématiquement adapter le niveau de difficulté des tâches, avant même d’avoir réellement évalué nos capacités.

Qu'est-ce qui te caractérise ?
J'aime me dépasser et aller plus loin que ma propre peur. Je n'abandonnerai jamais une épreuve sous prétexte que je suis fatiguée. Je n'aime pas me décevoir et je vais toujours au bout de ce que j'entreprends. Je ne triche pas, j'ai besoin de me prouver à moi-même que je peux le faire. Le regard des autres m'importe peu.

Est-ce l'enduro qui t'a ainsi forgé le caractère ?
Je n'en sais rien. Par contre, plus je vieillis et plus j'ai l'impression que mes traits de caractère s'amplifient : je suis de plus en plus téméraire, toujours en train de repousser mes limites et de me mesurer, dans n'importe quelle situation.

Comment t'entraînes-tu ?
Je n'ai pas de véritable plan d’entraînement. Ma préparation physique s’effectue par la pratique d’activités : je nage, je cours, je fais du vélo, de l'équitation… Mais la technique et la stratégie du pilotage s'améliorent essentiellement par la confrontation directe en compétition.
Je n'ai pas eu la chance de bénéficier d'un entraineur (charge financière trop importante). Et je n'ai pas eu, non plus, un groupe d'amis avec qui rouler. Mon statut de "fille" à l'époque a été un lourd handicap : pas de copines dans la discipline et des jeunes gens qui ne voulaient pas de moi.
Ce ne sont, certes, pas les meilleures conditions d'entraînement, mais j'ai tout de même intégré l'équipe officielle TM.

Alice GenesteJustement, ton partenariat avec TM…?
Mon statut de pilote officiel me permet d'arriver sur certaines courses sans rien débourser. Je ne gagne pas d'argent, mais je n'en perds pas.
Il y a un esprit d'équipe et d’organisation rarissime : accompagnement par le team manager (Fred DG), tenues accordées, des entraînements de pré-saison établis… L'enduro est un sport qui demande une grosse préparation : physique, matérielle, organisation de l'assistance...A travers l'équipe TM, je trouve tout ce dont j'ai besoin pour réussir, excepté la préparation de pilote. J'ai encore besoin de conseils, de perfectionnement et sans un entraîneur à proprement dit, il n'est pas possible de rivaliser avec les professionnels.

Quels sont tes objectifs, tes ambitions ?
Je souhaite pouvoir rivaliser avec les tenantes du titre européen. De tels objectifs sont réalisables uniquement si j'ai des appuis. Je ne vis pas encore de mon sport, et pourtant je dois y consacrer tout mon temps pour y parvenir.

Demain, que souhaiterais-tu pour ta discipline ?
Je souhaite surtout voir " débrider " l'accès à la pratique des femmes.
Les filles, en enduro, commencent à arriver à un bon niveau bien que le suivi sportif soit quasi inexistant. Les sponsors qui commencent à investir sur les pilotes femmes marquent une tendance, un changement de mentalité.
Pour atteindre le haut-niveau, il faut débuter tôt. Or, la plupart des femmes qui font de l'enduro aujourd'hui ont découvert la moto grâce à leur “petit copain”, déjà pratiquant. Elles commencent tard et n’ont pas forcément la même appréhension du risque que les hommes : fonder une famille devient avec l'âge une priorité...
En favorisant l'accès aux jeunes filles à la pratique de notre discipline, dès le plus jeune âge, nous parviendrons à libérer l'enduro de l'image masculine qu'il dégage. Il est temps de montrer et démontrer que les femmes aussi peuvent pratiquer.
Pour ce qui est des courses, je ne pense pas que la mixité soit une solution. Il est évident que le peu de participantes implique la mixité, mais comparons ce qui est comparable. Quand j'arrive dernière d'une “course d'hommes", je suis heureuse, car je me suis donnée à fond. Par contre, quand je participe à une “course de filles”, l'envie de victoire et le challenge sont différents, car réalisables.
Il est donc nécessaire, pour la motivation de chacune, de développer des événements uniquement féminins et/ou de renforcer les présences féminines sur les courses.

Alice Geneste

 

Texte tiré de la newsletter N°4 du Pöle Ressource National: “Sport, famille et pratiques féminines”

Le blog officiel du Team TM Racing France: http://teamtmfrance.skyblog.com/