PORTRAIT: AUDREY ROSSAT |
16/02/07 |
Audrey
Rossat, 22 ans est la 3ème pilote du trio de tête de
l'enduro féminin français.
Moins
au point techniquement que Ludivine Puy et Alice
Geneste, Audrey compense ses lacunes par
des qualités physiques, beaucoup de ténacité
et l'expérience acquise au cours de ses années d'entraînements
et de compétitions en cross.
Bien
qu'elle représente "l'objectif" le plus abordable
de ce trio de tête pour les pilotes féminines qui progressent
derrière, en 2006 elle maintient son avance et confirme sa
place auprès des "leaders"; Audrey continue à
monter en puissance !
Comment
as-tu commencé la moto ?
J’ai commencé la moto à
l'age de 5 ans. Un petit cadeau du père Noël
! Mon père faisait de la piste et par un coup de chance
on lui à proposé un Pw 50. J'ai essayé et ça
ne m'a plus quitté. Dès le début, un moto club
de la région nous a proposé de nous inscrire dans leur
club et de participer à des manifestations. Très rapidement
j'ai commencé à remporter les courses et nous sommes
tombés dans l'engrenage !
Pourquoi
la compétition ?
Depuis que j'ai commencé la moto, j'ai baigné dans cette
atmosphère et je n'ai été entourée que
de personnes pratiquant la moto en compétition et non en loisir,
de ce fait je ne me suis jamais posée la question de savoir
de quelle manière j'allais orienter ma vision de pratiquer
mon sport.
Quel
a été ton parcours ?
Dans mes débuts j'ai participé à des courses
de cross en Ile de France et des courses de pistes avec la même
moto, jusqu'en PW 80. Ensuite j'ai participé pendant 10 ans
environs au championnat de Picardie en cross, essayant ainsi toutes
les petites cylindrées ( 60KX, 80KX puis 125YZ)
Qu'apprécies-tu
dans le cross ?
Dans le cross, j'aime le fait de me battre contre les autres, la sensation
que je peux avoir à effectuer un beau saut, à doubler
un autre pilote que j'aurais pu suivre pendant plusieurs tours, à
préparer une attaque. Les départs me procurent aussi
une émotion inégalable ! Dans la moto en général,
j'aime l'adrénaline que cela me procure, la sensation de vitesse
et de contrôle lors des passages techniques.

Pourquoi
avoir choisi de bifurquer vers l'enduro ?
Au bout de plusieurs années de cross à rouler dans le
même championnat, à voir les mêmes pilotes, les
mêmes circuits, j'avais une grosse envie de changement. Au départ
je m'étais orientée vers le supermotard.
On avait même acheté un 400WR qui aurait pu servir à
mon initiation. Et puis un Team a voulu se lancer dans la création
d'une équipe féminine en enduro qui
devait comporter trois filles. Il devait y avoir beaucoup d'aide et
de budget à la base mais chose promis n'est pas forcément
dû et finalement ils n'ont pris véritablement que deux
pilotes. L. Puy et A. Geneste. Je
ne connaissais pas du tout la discipline, je l’ai donc découverte
au sein de cette équipe. Finalement, je ne regrette pas du
tout, je me retrouve assez bien dans l'enduro, mais je garde encore,
quelque part, des rêves de supermotard...
Qu'est-ce
qui te plait dans cette discipline ?
J'aime assez l'esprit qui y règne entre les pilotes, sur les
courses d'enduro, je suis au contact des meilleurs pilotes. Ils sont
très abordables et c'est assez souvent que je vais les voir
pour leur demander quelques conseils. L'année dernière
j'ai repéré toutes les spéciales du Trèfles
avec une bonne partie de ces pilotes et depuis, je ne vois plus les
spéciales de la même manière quand je pars en
repérage. Sinon j'aime beaucoup le dépassement de soi
qui est très présent dans cette discipline. Les journées
sur un Championnat de France sont longues et pas
faciles, sur certaines courses, quand physiquement je suis vidée,
il faut trouver la force mentale pour continuer et c'est souvent dans
ces moments là qu'on se forge une bonne expérience et
de bons souvenirs !
J'aime aussi la diversité des paysages et des difficultés.
Quel
terrain préfères-tu ?
J'aime assez les terrains sec, la poussière ne me dérange
pas, les belles spéciales en herbe. Le Trèfle
Lozérien est une des courses que j'apprécie
particulièrement.
Ce que j'aime beaucoup moins, ce sont les terrains gras...mais j'y
travaille, en Normandie je n'ai pas le choix !

As-tu
un ou une pilote de référence ?
Honneur aux féminines ! Ludivine Puy sans
hésiter et Sébastien Guillaume chez
les hommes. Ce sont des pilotes remarquables avec un coeur d'or.
Tu es aujourd'hui parmi les 3 meilleures féminines
en France, a quoi dois-tu cette place selon toi ?
Sans hésiter, je dirais que c'est dû à ma persévérance.
Lorsque j'ai débuté l'enduro, poussée par mes
proches, je me suis lancée dans le championnat de France. Un
saut un peu trop rapide dans le "grand bain" j'ai eu des
débuts assez difficiles. Ma blessure en 2004 tibia-peronné
a été pour moi un grand déclic : ma consolidation
s'est mal passée et j'en étais arrivée à
un point où je croyais que je ne pourrais plus reprendre la
moto. Mon entourage a été primordial aussi, je me suis
beaucoup entraînée à cette période avec
Ludivine et j'ai repris confiance en moi. C'est à
ce moment là aussi que j'ai réellement découvert
l'enduro.
Comment
ça se passe entre vous 3 ?
Au début, l'entente n'a pas toujours été au beau
fixe, nous avons trois caractères bien différents et
le fait que nous ne soyons que 3 accentue l'esprit de compétition.
Avec Ludivine on se connaît très bien
et nous avons découvert Alice petit à
petit, il règne une bonne ambiance sur les paddocks dorénavant.
A
quoi penses-tu sur la ligne de départ d'un enduro ?
Sur le Championnat de France je ne pense qu'à 2 choses
du début à la fin: le chrono et gérer ma fatigue.
Avant chaque entrée de spéciale je revois dans ma tête
les points de passage importants. Sur les classiques lors des liaisons
je suis beaucoup plus détendue, on a toujours du temps pour
profiter des paysages et les spéciales sont souvent sans piège.
Ça n'empêche que je ne pense qu'à une chose sur
ce genre de course: le classement finale mixte. Sur 600 pilotes,
je me fixe l'objectif d'être sous les 150.

Qu'est-ce
qui te fait tenir dans les moments difficiles sur une épreuve
?
Je pense aux moments difficiles que j'ai traversé. Je pense
également à la chance que j'ai d'en être là,
d'avoir mon père comme assistant qui partage
ma passion et qui prend du temps pour moi. Les partenaires
aussi, qui on mit leur confiance en moi, je leur dois ça.
Mais tout simplement, si je dois abandonner une course, cela ne pourra
être que sur casse mécanique ou du pilote...( je suis
vaccinée ! ) c'est plus fort que moi, rien que le mot "abandon"
me donne la migraine.
As-tu
un entraînement particulier ?
Je n'ai aucun entraînement particulier, à moto je roule
souvent entre amis, j'oriente mes entraînements suivant mes
besoins: franchissement, liaison ou spéciale. Quelques fois
je fais un peu des trois. Physiquement, je n'ai pas d'entraîneur
non plus, je fais pas mal de VTT et de footing, un peu de renfort
musculaire " à ma sauce".
Cette année je suis rentrée à l'école
de police, il y a un programme sportif assez conséquent,
je pense que de ce coté là je serais au point !
Quels
sont tes atouts selon toi ?
Mes atouts sont pour moi : mon mentale, mon expérience à
moto et puis mon physique. Je comble trop souvent mon manque de technique
par mon physique.
Tes
défauts ?
Un manque de technique et ma méconnaissance en mécanique,
en enduro c'est important.
Les
enduros sont des épreuves très physiques, que conseillerais-tu
à une fille pour débuter ?
Je conseillerais de commencer par des ballades dans un premier temps,
ou des randos organisées. Pour commencer la compétition,
trouver des courses adaptées à son niveau, des courses
de ligues ou des courses faciles ouvertes aux débutants
comme les "Family".
Le tout c'est l'entraînement : la moto c'est de l'investissement
et sans entraînement régulier on ne progresse pas. Et
puis il ne faut pas se mentir, une moto ça pèse quand
même, c'est éprouvant physiquement donc on doit sortir
le VTT du garage et la tenue de sport !
L'Endurose
a été annulé cette année, qu'en penses-tu
?
Je suis assez déçue comme beaucoup de filles. Cette
course était pour nous l'occasion de toutes nous retrouver
et de rencontrer d'autres pilotes. Je pense que les personnes de l'organisation
et "les filles" en générale se sont mal compris
sur ce qu'ils recherchaient réellement. Il suffit de regarder
les résultats des différentes éditions. Pour
moi, il y a beaucoup trop de minutes ou heures de pénalités
et d'abandons pour une course dite "plaisir et ouverte à
toutes".
La course le samedi a pu être un frein également à
la participation de certaines pilotes. Il n'en reste pas moins qu'Anthony
Bleton et l'organisation on fait un travail
remarquable durant toutes ces éditions et l'initiative de leur
course a certainement déclanché chez d'autres clubs
l'envie de se lancer aussi dans des courses féminines. L'Endurose
n'est pas fini pour autant et je souhaite vivement que pour 2008 l'on
se retrouve dans le Beaujolais.
As-tu
pratiqué d'autres disciplines ?
Durant deux saisons j'ai roulé sur le Trophée
Andros, les courses sur glace. C'était que du bonheur
! Par manque de budget je n'ai pas pu continuer à y participer
et puis cela me prenait trop de temps sur mon entraînement d'hiver
pour ma saison d'enduro.
J'ai tenté cet été les minis moto le "Pantéra".
Etre à ras du sol, les genoux dans le guidon en combinaison
de cuir, j'ai adoré.
Souhaites-tu
en essayer d'autres ?
Le supermotard !!!! et la vitesse aussi. Dans quelques
années un rallye aussi me plairait bien.
Quel serait ton rêve en tant que pilote ?
Mon rêve serait de devenir pilote officiel
d'une marque. D'avoir le budget nécessaire pour pouvoir équiper
ma moto correctement et pouvoir participer à d'autres courses
plus importantes comme le championnat d'Europe. J'aimerai beaucoup
qu'il y ait une équipe de France féminine
qui soit créée avec une véritable structure.
En
2007 tu roules pour une nouvelle marque, KTM, pour quelles raisons
as-tu changé ?
Je suis partie de chez Gas Gas pour KTM (pilote
support) car notre partenariat stagnait et ne me permettait pas d'espérer
mieux dans l'avenir. Après 4 ans chez eux, j'avais envie de
nouvelles choses et de viser d'autres objectifs.
Tu
changes également de cylindrée en revenant à
la 125cc ..
Oui, à la base, KTM souhaitait que je développe
l'image des 125 pour les féminines. Une moto facile maniable,
légère : le bon compromis lorsque l'on débute.
Personnellement, ne connaissant pas leur gamme, j'ai préféré
commencer "petit". Nous sommes donc tombés en accord
pour le 125.
Comment
se passe ton adaptation ?
J'ai de très bonnes sensations, elle me facilite les choses
sur les circuits techniques et sinueux. Je passe mieux dans les virages.
Par rapport au 250, je perds 10kilos, ce qui n'est pas négligeable.
Pour les franchissements et les spéciales je dois user beaucoup
plus de l'embrayage c'est une conduite un peu plus cross qu'avec le
250, étant donné que c'était ma première
discipline, je ne suis pas dépaysée.
Quelles
sont tes ambitions pour 2007 ?
Pour 2007, je me suis fixée l'objectif de réaliser un
Championnat de France sans une seule minute de pénalité
! Un titre serait l'idéal mais pour cela il faudrait que j'arrache
au moins une jambe de ma "Lulu". Pour les classiques après
ma performance au Trèfle Lozérien ou je fais une 122°
place à une spéciale et 165° au générale,
je tiens à descendre sous la barre des 150 sur
ce genre de course.

Merci
Audrey !!
PALMARES 2006
- Vice Championne de France
- 5ème de l’épreuve française du Championnat
d’Europe.
- 1ère féminine au Val de Lorraine Classic et 220ème
Scratch
- 1ère féminine à la Grappe de Cyrano et 245ème
Scratch
- 2ème féminine au Trèfle Lozérien et
183ème Scratch
- 1ère féminine à la Course Infernale (Extrem
Normandie) 74ème Scratch
- 1ers en équipe avec Kevin Hamard à la Coupe des Couples
de Chablis
- 3ème à l’Endurose
Début
en enduro en 2002 (catégories 125, 200, 250 cm3) :
Courses de ligue, Championnat de France, Classiques (La Val de Lorraine
Classic, la Grappe de Cyrano, le Trèfle Lozérien et
la Rand' Auvergne), Cross Country, Courses Extrem, Trophée
Andros (2003-2004 sur une 450 et 300 cm3 Gas Gas).
Nouveau
site d'Audrey Rossat: www.audrey-rossat.com